Les limites de l'application

Temps de lecture : 6 minutes | Publié le 15/02/2020 | Jean (INCI Beauty) | Partager sur

Nous aimerions pouvoir vous dire que notre application est parfaite et qu'elle ne connaît aucune faille. Mais ce serait être un peu trop présomptueux et surtout ce ne serait pas être honnête. 

Il faut bien être conscient qu’un système de notation tel que celui que nous avons mis en place ne peut pas répondre à toutes les problématiques qui se posent dans les cosmétiques, notamment, certains ingrédients peuvent avoir différentes facettes et il peut être assez complexe de les « informatiser » dans toutes les situations, même si notre système essaie de s'adapter et est capable de gérer nombreuses d'entre elles. 

Cas pratique : Le dioxyde de Titane

Pour vous convaincre de cette complexité, voici l’exemple d’un ingrédient « dont tout le monde parle » : il s’agit du Titanium Dioxide ou en français du Dioxyde de titane, que j’écrirai plus facilement sous la forme TiO2. 

L’ingrédient est un minéral très abondant sur Terre, dont l’origine est parfaitement naturelle mais la transformation chimique. En 2006, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) l’a classé dans le groupe des substances « cancérogènes possibles chez l’homme » (groupe 2B). 

En 2016, l’ANSES a proposé à l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), une classification du TiO2 dans la catégorie 1B des CMR. 

La classification européenne des CMR (Cancérogènes, Mutagènes ou Reprotoxiques) se répartit en 3 groupes :

  • 1A : le potentiel CMR de la substance est avéré.
  • 1B : le potentiel CMR de la substance est supposé.
  • 2 : le potentiel CMR de la substance est suspecté.

En 2017, l’ECHA n’a pas retenu la proposition de l’ANSES mais a toutefois conclu que le TiO2 pourrait être classé en catégorie 2. Si l’on lit les documents officiels, on relève ceci : « La classification d’une substance dans la catégorie 2 repose sur des résultats provenant d’études humaines et/ou animales, mais insuffisamment convaincants pour classer la substance dans la catégorie 1A ou 1B. », c’est un peu ce qu’avait conclu le CIRC en son temps, tout en sachant que ces suspicions ne concernent le TiO2 que, quand il est utilisé par inhalation.

Le Dioxyde de titane fait l'objet d'une classification CMR en catégorie 2 au niveau de l'Europe depuis fin 2019.

Et ceci vient se greffer sur un autre problème : les nanoparticules. Mais avant tout, rappelons ce à quoi sert le TiO2. Il est (était) utilisé en alimentaire sous la dénomination E171 en tant que colorant blanc : quand vous voyez un gâteau avec une pâte très blanche, vous pouvez imaginer sans trop vous tromper qu’il y a de l’E171 à l’intérieur. En mai 2018, la secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, Brune Poirson, publiait dans les colonnes du "Parisien" une information comme quoi le gouvernement souhaitait la suppression de l’E171 dans l’alimentaire lorsqu’il est utilisé sous la forme de nanoparticules.

L'E171 est interdit en France depuis le 1er janvier 2020 dans les denrées alimentaires.

Dans les cosmétiques, le TiO2 peut être utilisé pour deux fonctions différentes : en tant que colorant ou comme filtre UV. Lorsqu’il est utilisé en tant que colorant, ses concentrations sont inférieures à 1%, alors que quand il s’agit d’un filtre UV, elles peuvent atteindre 25%. Ce qui signifie, que l’ingrédient ne devrait pas être traité de la même manière s’il est utilisé dans un dentifrice (colorant) ou une crème solaire (filtre UV).

Nous classons le Dioxyde de titane en rouge sur INCI Beauty dans les produits d'hygiène dentaire depuis le 1er janvier 2020.

Comment gérer le Dioxyde de titane dans une application comme INCI Beauty, dès lors que nous avons connaissance de ces informations ? Devons-nous strictement appliquer le savoir scientifique et du coup tout mettre en vert, puisque les études ne permettent finalement pas de conclure ?

Un ingrédient sur INCI Beauty est placé en rouge dès lors qu’il est suspecté d’être toxique pour la santé mais aussi à partir du moment ou une alternative moins problématique est envisageable. Et ici, la question se complique dans le cas des crèmes solaires, si on écarte le dioxyde de titane des compositions en le plaçant en rouge, quel autre choix propose-t-on au consommateur en dehors de celui des filtres UV chimiques ! Ah si, l’oxyde de Zinc est l’autre filtre minéral équivalent autorisé dans les crèmes solaires bio : le problème est que lui aussi est décrié pour les mêmes raisons et cela va même plus loin, puisque l’ingrédient est totalement interdit dans les produits en spray depuis février 2018. Le sujet n’est donc pas simple à trancher. Nous avons finalement choisi de laisser l’ingrédient en Jaune (règlementé) pour le privilégier par rapport aux filtres UV chimiques dans les crèmes solaires, et aux colorants de synthèse dans les autres produits.

Néanmoins, nous pénalisons le TiO2 « de manière supplémentaire » lorsqu’il est présent sous forme de nanoparticules et lorsqu’il est utilisé dans un produit en spray, puisque dans ces cas très controversés, il est possible de faire autrement. 

Si vous souhaitez en savoir plus sur le dioxyde de titane, nous avons fait des recherches assez approfondies sur le sujet avec notre ingénieure.
En savoir plus sur le dioxyde de titane

INCI Beauty ne traite pas de l'efficacité des produits

Il faut bien avoir conscience qu'INCI Beauty ne traite pas de l'efficacité des produits : il est donc évident qu'un produit bénéficiant d'une note de 18 sur 20 peut être totalement inefficace, alors que pour un autre n'atteignant pas la moyenne, ce soit l'inverse. C'est la raison pour laquelle nous avons mis l'espace de discussions en place pour que chacun puisse donner son opinion et partager son expérience sur les produits.

Les limites de la notation

Si vous vous référez à l'article sur l'algorithme de notation, vous constaterez que pour obtenir la note nous travaillons sur des moyennes : ce qui permet une dispersion assez équilibrée entre 0 et 20. Néanmoins, nous savons à ce jour que le système présente certaines limites lorsque peu d'ingrédients sont présents ou beaucoup. Des effets de "bord" sont aussi constatables et font qu'un produit pourrait avoir une meilleure note qu'un autre avec plus d'ingrédients controversés et plus de "vert". Ceci est toutefois à relativiser, puisque l'on reste néanmoins dans des ordres de grandeur cohérentes : le produit en question pourrait mériter un 8 plutôt qu'un 7, mais en tout cas, pas un 18 dans ce cas. 

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