La norme ISO 16128, à quoi ça sert ?

Temps de lecture : 5 minutes | Publié le 03/01/2019 | Jean (INCI Beauty) | Partager sur

L’ISO 16128 est une norme qui vise à harmoniser les terminologies "naturel" et "bio" utilisées dans les cosmétiques au niveau mondial. En effet, il n'existait pas jusque-là de définition officielle pour les termes "biologique" et "naturel" en matière de cosmétiques. La création de cette norme aura pris 6 ans et mis les experts de 40 pays autour de la table. Néanmoins, certains participants du départ comme Cosmébio et Ecocert en France, ont claqué la porte en cours de route, et fait savoir leur mécontentement depuis : cette norme selon eux, permettrait aux marques conventionnelles de justifier et de pérenniser le Greenwashing. Vous allez voir, qu'en effet, la norme ISO 16128 amène une certaine confusion, qui semble favoriser les marques prêtes à tout pour soutenir leur bénéfice, plutôt que le bien-être des consommateurs.

La première partie de cette norme a été publiée fin 2016, l’ISO 16128-1:2016 contient quatre définitions de type d’ingrédients : biologique, dérivé biologique, naturel et dérivé naturel.

Ingrédient Naturel : Les ingrédients naturels doivent être d'origine végétale, animale et minérale. L'eau est naturelle.
Ingrédient Biologique : Les ingrédients biologiques sont des ingrédients naturels qui doivent répondre au critère biologique du pays.

Ingrédient d'Origine Naturelle : Les ingrédients issus d'ingrédients naturels par des procédés chimiques ou biologiques. Un ingrédient est considéré comme un dérivé naturel, dès lors qu'il contient une part d'ingrédient naturel supérieure à 50%.
Ingrédient d'Origine Biologique : Les ingrédients dérivés d'ingrédients biologiques, la pétrochimie est interdite.

On regrette qu'une liste d'ingrédients n'est pu être établie dans chacune des catégories précédentes.

L’ISO 16128-2:2017 a quant à elle été publiée en septembre 2017, elle décrit les méthodes de calcul des Indices Naturel, d'Origine Naturelle, Biologique et d'Origine Biologique. A partir de ceux-ci sont calculés des pourcentages de naturel et de bio dans un produit fini. La CAPB (Cocamidopropyl Betaïne) étant fabriquée à l'aide d'acide laurique (naturel) et d'amine synthétique, aura un Indice de naturalité égale à 0 (ne peut pas se revendiquer comme étant naturel), mais son indice d'Origine Naturelle sera de 0,53 (53%), c'est la part d'acide laurique dans la CAPB. Finalement, ce calcul pourrait avoir certains avantages, mais il aurait fallu y intégrer d'autres paramètres comme celui de la transformation chimique qui a permis d'obtenir l'ingrédient final : ajouter des points de pénalités si celle-ci est par exemple très polluante.

Le but d'une norme ISO est normalement d'harmoniser certaines pratiques au niveau international. Ici, la norme s'est adaptée au souhait de chaque pays, histoire de ne vexer personne, mais du coup elle n'a plus aucun intérêt.

Par exemple, les OGM sont interdits si les pays les interdisent, sinon ils sont autorisés. Les produits biologiques sont biologiques si les organismes certificateurs des pays disent qu'ils le sont sinon ils ne sont pas biologiques. Aucune clarté n'est proposée au niveau international, puisqu'il faudra se soucier des lois de chaque pays pour savoir si un produit peut contenir des OGM par exemple. 

Un produit comportant de la pétrochimie, pourra donc se revendiquer naturel suivant un pourcentage calculé au prorata de la participation des ingrédients naturels qu'il contient : l'eau étant considéré comme naturel, cela peut vite faire un beau pourcentage. La norme ISO autorise aussi tous les procédés de transformations chimiques, quels qu'ils soient, en occultant le fait qu'ils puissent être extrêmement polluants (éthoxylation, ...) pour la planète.

En France, c'est l'APRR (Autorité de régulation professionnelle de la publicité) qui fixe les allégations autorisées concernant les produits Bio et Naturels. Les dernières recommandations qui datent d'octobre dernier en matière de "produits cosmétiques", entreront en vigueur en juillet 2019. Celles-ci intègrent au chapitre 3.1 des produits naturels, la norme ISO 16128 en indiquant :

"Un produit cosmétique ne peut être qualifié dans sa globalité de « naturel » / « d'origine naturelle » que si son contenu naturel / d'origine naturelle, au sens de la norme ISO 16128 ou de tout autre référentiel au moins aussi exigeant, est supérieur ou égal à 95 %."

Cette mention n'empêche pas un fabricant, sans se revendiquer naturel, de mentionner que 70% d'un produit est d'origine naturelle suivant la Norme ISO 16128, et dans les fait, il ne pourrait y avoir que l'eau concernée par ce pourcentage.

Pour la partie biologique, la norme ISO n'a aucun intérêt, puisque chez nous ce seront toujours Ecocert, Veritas et Cosmecert qui certifieront les cosmétiques Biologiques selon le cahier des charges COSMOS ORGANIC ou COSMOS NATURAL.

Finalement, il y a peu de risque que la norme ISO 16128 ne viennent influencer plus que nécessaire les consommateurs. Pas besoin de cela, puisque la pratique du Greenwashing est désormais courante depuis de nombreuses années, et n'a jamais perturbé qui que ce soit, en tout cas pas les organes de contrôle comme l'APRR, dont on n'entend jamais parler. En tant que consommateur, il va tout de même falloir rester vigilant face aux allégations de type "Origine naturelle" qui risquent de devenir fréquentes. Bien vérifier que les produits Bio que vous achetez contiennent les logos officiels (Cosmebio, Ecocert ...) et utiliser une App comme INCI Beauty, pour suivre la liste des ingrédients, et déterminer par vous-même si le produit mérite son titre d'"Origine naturelle".

Sources :

- Cosmétiques naturels et bio : les 5 questions que pose la norme volontaire ISO 16128
Cosmétiques naturels et bio : 13 questions que se posent les consommateurs au sujet de la norme ISO 16128
Norme ISO 16128 : ingrédients et produits cosmétiques naturels et biologiques (UQAC)
ISO 16128-2:2017
- ISO 16128-1:2016

 

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